Se faire pigeonner
Se faire duper.
L’expression “se faire pigeonner” existe depuis le XVI e siècle (comme le cite Lorédan Larchey ci-dessous), elle est utilisée depuis le début pour désigner une personne naîve que l’on trompe et que l’on dépouille aisément.
“Pigeonner“: Le mot est vieux; la chose est toujours nouvelle.- “Un de ceux qui se laissent si facilement pigeonner” - “Dialogues de Tahureau”, 1585
Lorédan Larchey, “Les excentricités du langage”, 1862
Cette métaphore trouve son origine dans l’étymologie de huppe. La huppe est un volatile qui se caractérise par une crête de plume fournie très convoitée des personnes fortunées et “huppées“. Retirer la huppe de cet oiseau, le dé-huper soit le dé-plumer, donna le mot duper soit plumer. Or, l’expression ” se faire plumer”, qui désignait une personne qui s’ était fait volée, existait déjà . Les significations des expressions “se faire duper” et “se faire plumer” se retrouvèrent très vite identiques.
Cependant le pigeon était bien plus courant, populaire et moins gracieux que la huppe qui était un oiseau rare et “stylé”. C’est sans doute pour cela qu’il désigna trés vite un sot, un imbécile facile à escroquer comme le définissent les dictionnaires du XIXe siècle:
- “Pigeon“: Un niais, un sot, un homme simple et crédule que les fripons attirent dans un piège pour le duper; l’escroquer.
“Plumer le pigeon“: Filouter, duper, tromper un homme simple et naturel.
V.d’Hautel, “Dictionnaire du Bas Langage, 1808
- “Pigeon“: Homme qui se laisse volontiers duper par les hommes au jeu et par les femmes en amour.
“Plumer un pigeon“: Voler ou ruiner un homme assez candide pour croire en l’honnêteté des hommes et celle des femmes. On dit aussi “Pigeonneau”, le mot est vieux - comme le vice. Sarrazin (“Testament d’une fille d’amour mourante”, 1768) dit, à propos des amants de son héroîne, Rose Belvue:
… De mes pigeonneaux
Conduisant l’inexpérience,
Je sus, dans le feu des désirs,
Gagner par mes supercheries
Montres, bijoux et pierreries,
Monuments de leur repentirs.
Delvau, “Dictionnaire de la langue verte”, 1867
Pour l’anecdote, il paraîtrait qu’une pratique courante de l’époque aida à développer la locution “se faire pigeonner”. En effet, les pigeonniers représentaient l’importance d’un seigneur, ils étaient symboles et sources de richesse: le nombre de nids (les boulins) dans un pigeonnier indiquait la capacité du bâtiment et la richesse foncière du propriétaire: la règle exigeait que la quantité de pigeons possédés soit liée à la surface des terres exploitées. Or, certains seigneurs peu scrupuleux ou enclin à accéder à une plus grande notoriété rajoutaient de faux boulins dans leur pigeonnier afin de mieux marier leurs enfants … Le prétendant ou le père de la future qui se laissaient prendre, se faisaient alors “pigeonner” et se retrouvaient “être les dindons de la farce“.
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juin 19th, 2007 à 19:03
J’avais lu que celà faisait référence à la chasse à l’aide d’un faucon, après quoi on nourissait l’animal en lui offrant un pigeon vivant…
février 22nd, 2008 à 8:51
[...] usitée de nos jours grâce au soutien dont elle bénéficie par des mot comme pigeon (”se faire pigeonner“), alors que les expressions “plumer l’oye sans la faire crier” (1581) ou [...]