Ni Dieu ni maître
Avoir un esprit libre voire libertaire.
Alain Rey explique dans le “Robert, Dictionnaire Historique de la Langue Française“ que la valeur politique du mot Maître est illustrée pendant la féodalité (vers 1190) en parlant du seigneur par rapport au vassal, du roi par rapport à ceux qui sont chargés de le représenter (1530), et dans l’expression redondante “seigneur et maître” (1690) appliquée par ironie au mari.
Il ajoute ensuite que l’idée de supériorité s’applique aussi en religion à propos de Dieu, dénommé “maître des seigneurs” ( XVe s.), “maître des rois” (1645, Corneille) ou “maître du monde” (1685, La Fontaine)
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C’est à cette idée de soumission à une autorité supérieure indiscutable que fait référence l’expression “ni Dieu, ni maître”. “N’avoir ni Dieu, ni maître” c’est être libre de penser, de bouger et de vivre sans aucune contrainte.
Cette locution est, à l’origine, le titre du journal du libertaire socialiste Louis-Auguste Blanqui. Dans ce journal, créé en 1880, le fondateur défend ses thèses anarchistes et révolutionnaires.
L’expression est devenue, ensuite, la devise du mouvement anarchiste:
La plupart des anarchistes s’accordent sur un slogan pour définir leur idéologie, “ni Dieu, ni Maître“, mais que veut dire cette expression au juste. Elle ne veut pas dire qu’il faut insulter les croyances spirituelles des individus ou des groupes mais plutôt qu’il faut combattre tous ceux qui utilisent la religion pour contrôler la pensée et les actes des croyants et non croyants. De la même façon ne pas obéir à un maître ne veut pas dire ignorer le diagnostic d’un médecin quand il affirme qu’on est atteint d’une maladie, mais plutôt le refus de toute contrainte physique ou mentale provenant d’une autorité illégitime quelconque. L’État, la police et les patrons ne font pas simplement nous informer d’une situation donnée pour ensuite nous laisser le soin de décider pour nous-mêmes quel choix nous préférons. Ils nous forcent sous la menace de la violence et de la faim. Ils nous obligent à les servir, à les obéir et à mourir dans les guerres qu’ils ont créées.
Extrait de Cause commune no 9, le journal de la NEFAC (Fédération des communistes libertaires du nord-est) au Québec.
“Ni Dieu, ni maître” est le titre d’une chanson de Léo Ferré, écrite en 1960. Cette chanson anarchique est un réquisitoire contre la peine de mort, sujet très polémique à cette époque, dans laquelle le chanteur refuse toute forme de pouvoir (religieux, politique ou social). C’est aussi le titre d’un album du groupe de rock Trust.
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