Mettre à l’index
Signaler quelqu’un comme dangereux pour qu’on s’en détourne.
Condamner quelqu’un et le mettre à l’écart.
Exclure, rejeter quelqu’un.
Le mot index (1520) vient directement du latin index qui signifie “celui qui montre, indique, dénonce”. Ce mot a, dès l’origine, désigné le doigt de la main (le plus proche du pouce) que l’on utilise pour indiquer quelque chose. Vers le XVIIe siècle il prend d’autres sens:
- il se dit d’une table alphabétique placée en fin d’ouvrage et reprenant les termes, sujets et noms traités au cours du livre.
- en 1690, il prend - dans le vocabulaire technique - la forme d’un objet mobile destiné à donner des indications numériques sur un cadran.
- il désigne dès 1690, selon le Littré, “un catalogue des livres suspects dont le Saint-Siège interdit la lecture”.
L’expression “mettre à l’index”, apparue dès 1816, trouve son origine dans ce catalogue religieux. En effet, le concile de Trente a fait une liste (appelée aussi “indice”) de livres dont la lecture était interdite pour cause de doctrine et de morale. Ces livres traitaient de sujets nuisibles au salut de l’âme du lecteur; il pouvait s’agir de sorcellerie, comme de sujets hérétiques ou obscènes. Il fallait fuir ces ouvrages et leurs auteurs. Ce catalogue fut supprimé en 1965, le monde évoluant inexorablement, mais la locution est restée.
Au XIXe siècle les ouvriers “mettaient à l’index” les patrons qui ne respectaient pas les conventions de salaires et refusaient de travailler pour eux. Eugène Boutmy le décrit dans son “Dictionnaire de l’argot des typographes“ en 1883:
Après avoir rencontré d’énormes difficultés pour accomplir les diverses tâches qu’elle s’était imposées, la Société typographique avait fini par triompher complètement en 1868. Les premiers Tarifs avaient été discutés et consentis par une commission de patrons et d’ouvriers, et ils furent en vigueur de 1843 à 1862. A cette époque le prix de toutes choses ayant augmenté dans une proportion très considérable, la profession de compositeur ne suffisait plus pour faire vivre son homme. La Société typographique essaya de faire adopter par les maîtres imprimeurs un Tarif plus rémunérateur. Ceux-ci, s’abritant derrière la loi sur les coalitions, refusèrent pour la plupart ou traînèrent les choses en longueur. Voyant que les pourparlers n’aboutissaient pas, la Société ordonna des _mises-bas_, c’est-à-dire la cessation du travail dans les maisons qui n’accepteraient pas le nouveau Tarif. Un grand nombre adhérèrent; d’autres résistèrent et furent immédiatement abandonnées. […]
Une nouvelle loi devenait indispensable: celle qui régit encore aujourd’hui la matière fut votée par le Corps législatif, et l’accord se fit alors presque partout entre les patrons et les ouvriers.
Un petit nombre de maisons à l’index, c’est-à-dire dans lesquelles aucun sociétaire ne pouvait accepter de travail sous peine de déchéance, employèrent les typographes qui n’étaient pas entrés dans l’association ou qui, pour un motif ou pour un autre, en étaient sortis; d’autres, en petit nombre aussi, occupèrent des femmes.
“Dictionnaire de l’argot des typographes” (1883) (paragraphes 121 à 140)
Notons que l’expression “mettre à l’index” est remplacée dès 1880 par “boycottage” comme l’explique Emile Pouget dans l’édition du 3 octobre 1897 de la revue “Le Père Peinard”:
Le boycottage n’est autre chose que la systématisation de ce que nous appelons en France la mise à l’index […]. Ses origines sont connues. En Irlande, comté de Mayo, le capitaine Boycott, s’était tellement rendu antipathique par des mesures de rigueur envers les paysans que ceux-ci le mirent à l’index: lors de la moisson de 1879, Boycott ne put trouver un seul ouvrier pour enlever et rentrer ses récoltes; partout, en outre, on lui refusa les moindres services, tous s’éloignèrent de lui comme d’un pestiféré. Le gouvernement, émotionné, intervint, envoya des ouvriers protégés par la troupe, mais il était trop tard: les récoltes avaient pourri sur pied. Boycott, vaincu, ruiné, se réfugia en Amérique.
(Source: “La puce à l’oreille” de Claude Duneton)
Ainsi “mettre à l’index” signifie actuellement, après avoir subi l’évolution du temps, des moeurs et du langage, “exclure, rejeter quelqu’un de potentiellement dangereux” et ce dans des situations particulières de la vie de tous les jours.
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avril 17th, 2008 à 10:56
[…] bientôt mis à l’index […]