La semaine des quatre jeudis

Jamais.

Le mot jeudi vient du latin Jovis dies qui désigne le “jour de Jupiter”. Le jeudi est le quatrième jour de la semaine civile, mais ne voyez pas dans ce fait une quelconque origine de l’expression “la semaine des quatre jeudis”.

D’aucuns affirmeront que cette locution vient du temps où le jeudi était le jour de repos des écoliers et que par conséquent une semaine de quatre congés en plus du dimanche serait une semaine idyllique bien qu’illusoire; eh bien, ce n’est pas la première origine de cette expression!

En effet, “la semaine des quatre jeudis” existe depuis le XVe siècle, mais fut d’abord “la semaine des deux jeudis”. A cette époque le jeudi était, comme le dimanche, un jour gras, c’est à dire un jour faste où l’on pouvait manger à volonté en prévision du lendemain, le vendredi, qui était, lui, un jour maigre, un jour de jeûne où l’on ne mangeait pas d’aliment gras. Il est évident que l’on préférait les jours de fête aux jours de privation et qu’une semaine “à deux jeudis” aurait été très appréciée.

Au XVIe siècle, par pur esprit d’exagération et pour renforcer le caractère impossible de la chose, la “semaine des deux jeudis” cède la place à “la semaine des trois jeudis”. (Semaine qui existe cependant pour certains lorsque le jeudi se multiplie par trois étant à la fois le premier jour du mois, le premier jour de l’an et le premier jour du siècle commençant, comme en 1801). On retrouve d’autre part la trace d’une semaine “des trois jeudis” dans l’oeuvre de Rabelais, “Pantagruel”:

“En ycelle les Kalendes feurent trouvées par les breviaires des Grecz. Le moys de mars faillit en Karesme, et fut la my oust en may. On moys de octobre, ce me semble, ou bien de septembre (affin que je ne erre, car de cela me veulx je curieusement guarder) fut la sepmaine, tant renommée par les annales, qu’on nomme la sepmaine des troys jeudis : car il y en eut troys, à cause des irreguliers bissextes”

Cette année là on trouva des calendes dans les bréviaires des Grecs. Le mois de Mars ne tomba pas en carême, et la mi-août eut lieu en mai. Au mois d’octobre, il me semble, ou de septembre peut-être (pour éviter toute erreur, ce dont je tiens à me garder soigneusement), eut lieu la semaine, si renommée dans les annales, que l’on nomme la semaine des trois jeudis (car il y en eut trois, pour cause d’anomalies bissextile)…”

Rabelais, “Pantagruel” (1532), chapitre I

Au XIXe siècle “la semaine des trois jeudis” devient celle “des quatre jeudis”, puis les enfants s’approprient cette expression quand le jeudi devient leur jour de repos scolaire (de 1945 à 1972) pour parler d’une semaine idéale mais imaginaire où l’on ne travaillerait que 2 jours (4 jeudis + 1 dimanche pour se reposer). Effectivement jusqu’en 1972, dans la scolarité française, le jeudi est jour de congé tandis que le mercredi est travaillé: l’abandon progressif du samedi après-midi comme période de travail amena à rééquilibrer la semaine en basculant le repos du jeudi au mercredi en septembre 1972 (arrêté du 12 mai 1972).

Pour l’anecdote, voici les paroles de la chanson de Patrick Topaloff qui proposait aux enfants de faire grève, à l’instar des adultes, pour obtenir effectivement cette semaine tant rêvée:

“Pour la semaine des quatre jeudis,
Pour la semaine des quatre jeudis,
Écoliers de tous pays,
Inscrivez-vous au parti
De “la semaine des quatre jeudis”.
Il y a trop longtemps qu’on nous a promis
Notre semaine des quatre jeudis,
Mais, tous enfin réunis
Dans le clan des tout-petits,
Nous n’accepterons plus de compromis.

Depuis ce maudit Charlemagne,
L’enfance est devenue un bagne,
Tous les matins ‘faut se lever,
Se préparer, se dépêcher.
Entre les devoirs, les leçons,
Les dictées, les récitations,
On n’a plus le temps d’ s’amuser,
Ni même de lire un illustré.

(refrain)

Nos chers parents n’hésitent pas
A faire la grève trois fois par mois
Contre l’augmentation du beurre
Ou pour la s’maine des quarante heures.
Je ne vois vraiment pas pourquoi
L’état ne nous écouterait pas,
Si nous décidions, nous aussi,
De faire une grève sans “merci”.

(refrain)

Patrick Topaloff, “La semaine des quatre jeudis”, 1971, (auteurs: J.P. Bourtayre - Y. Dessca - F. Harvel, label: Flèche)

Ainsi, cette expression désigne bien une semaine utopique, qui n’existe pas, et renvoie donc le sujet concerné par “la semaine des quatre jeudis” à “Pâques ou à la Trinité“, aux “calendes grecques“, ou à “la Saint Glinglin“… autant dire jamais.

En savoir plus:

9 Réponses à “La semaine des quatre jeudis”

  1. michel écrit:

    OU POURRAI-JE TROUVER L’EXPRESSION (JETER LE BEBE AVEC L’EAU DU BAIN)

  2. Laurence écrit:

    Bonjour, voici l’explication sur l’expression Jeter le bébé avec l’eau du bain

  3. Bernard écrit:

    Je me souviens d’une explication publiée dans une revue pour les jeunes où il était question d’un Pape qui, pour rectifier les dérives du calendrier de l’époque, aurait ordonné des sauts de dates et une semaine de quatre jeudis pour "recoller" à la réalité astronomique. Est-ce possible ?

  4. Laurence écrit:

    Je ne suis pas sûre de bien comprendre votre question:

    - Veut-elle dire qu’un pape aurait déclaré que l’éternelle semaine de 7 jours se serait réduite à 4 jours pour coller au calendrier astronomique? (Dans ce cas pourquoi ne pas retirer tout simplement 3 jours existant au lieu de renommer tous les jours de la nouvelle semaine “jeudi”?)

    - Ou veut-elle dire que le pape en question nomma 4 jours sur 7 “jeudis” pour coller à la présence de Jupiter dans le firmament durant cette période? (le problème étant alors que “Jupiter” est visible chaque nuit à l’oeil nu … par conséquent, chaque jour se trouve être “jeudi”.

    Par ailleurs, je n’ai retrouvé nulle part l’une de ces suppositions ou le fait qu’un pape soit à l’origine de la locution “la semaine des quatre jeudis”. Si toutefois vous avez des informations précises à me fournir, je ne manquerais pas, alors, de compléter l’explication de l’expression.

  5. BM écrit:

    Je vais essayer de retrouver cette publication.

  6. BM écrit:

    Il semble bien que j’ai confondu deux histoires différentes.
    Dans la bulle Inter gravissimas du 24 février 1582, Grégoire XIII décidait
    de décréter la réforme du calendrier alors en vigueur. Le nouveau
    calendrier, instaurait la suppression de 10 jours au mois d’octobre. Le mois d’octobre de 1582 était privé du 5 au 14 inclut et on passait immédiatement du 4 au 15 (Cfr:asv.vatican.va/fr/doc/158… Il semble que le 4 était un jeudi et le 15 un vendredi et non un jeudi aussi comme je le pensais.
    Rectification donc !!!
    Et merci pour votre site que je parcours toujours avec autant de plaisir.

  7. Encyclopédie des expressions » Blog Archive » Remettre / renvoyer aux calendes grecques écrit:

    […] C’est, en réalité, remettre à une date qui n’existe pas comme “la semaine des quatre jeudis“ ou “la saint […]

  8. Encyclopédie des expressions » Blog Archive » A la saint Glinglin écrit:

    […] des expressions « La semaine des quatre jeudis A Pâques ou à la Trinité […]

  9. Another web-log! » Archive du blog » 03 - La semaine des quatre jeudis écrit:

    […] : Encyclopédie des expressions […]

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