L’homme propose et Dieu dispose
L’issue de nos actions se trouve parfois modifiée par des causes imprévues.
La phrase “l’homme propose et Dieu dispose” est en réalité une locution proverbiale du XVe siècle, connue dès 1409 sous la forme “L’homme propose et Dieu ordonne”.
On retrouve cette notion de divine disposition sur les désirs des hommes dans la Bible, notamment dans le récit des Actes des apôtres: l’Esprit de Dieu intervient à deux reprises sur les pérégrinations de Paul, Timothée et Silas. En effet, ces derniers désiraient d’abord aller répandre la parole de Dieu vers l’ouest, vers la région d’Ephèse et de Smyrne, mais empêchés par Dieu, ils se sont dirigés vers le Nord en direction de la Bithynie (région qui avoisine la mer Noire) avant d’être de nouveau arrêtés et de poursuivre leur route vers le port de Troas au Nord-Ouest de l’Asie Mineure, puis vers l’Europe par la Mysie (région d’Asie mineure).
- “Paul et Silas parcoururent la Phrygie et la région galate, car le Saint Esprit les avait empêchés d’annoncer la Parole en Asie. Arrivés aux limites de la Mysie, ils tentèrent de gagner la Bithynie, mais l’ Esprit de Jésus les en empêcha. Ils traversèrent la Mysie et descendirent à Troas.
Actes des Apôtres (16, 6-9)
Cette locution ne nécessite pas grande explication; en effet, on imagine très bien l’état d’esprit de la personne disant cette expression: l’idée de la constatation, peut-être amère, mais résignée, voire de la destinée irrémédiable, lorsque le résultat d’un acte ne correspond pas du tout à ce que l’on avait escompté. Pierre-Marie Quitard détaille largement cette locution dans son dictionnaire des proverbes en 1842 au mot Dieu, comme suit:
- Dieu.- L’homme propose et Dieu dispose.
C’est-à-dire que les desseins des hommes ne réussissent qu’autant qu’il plaît à Dieu; que leurs entreprises tournent fréquemment au contraire de leurs projets et de leurs espérances. Les Espagnols disent: Los dichos en nos, los kochos en dios; les dits en nous, les faits en Dieu.
Il y a souvent dans les affaires les mieux concertées des rencontres imprévues qui les font échouer ou réussir, comme pour prouver l’insuffisance des calculs humains et manifester la supériorité de la Providence. L’homme dispose sa voie, dit la Sagesse et Dieu conduit ses pas; ce que Fénelon a redit heureusement dans cette phrase de son beau sermon pour la fête de l’Épiphanie:” Dieu ne donne aux passions humaines, lors même qu’elles semblent décider de tout, que ce qu’il leur faut pour être les instruments de ses desseins. Ainsi, l’homme s’agite et Dieu le mène”.
Écoutons Bossuet sur la même matière: “Il n’y a point de hasard, dit-il, dans le gouvernement des affaires humaines, et la fortune n’est qu’un mot qui n’a aucun sens. Tout est sagesse et providence. On a beau compasser dans son esprit tous ses discours et tous ses desseins, l’occasion apporte toujours je ne sais quoi d’imprévu; en sorte qu’on dit et qu’on fait toujours plus ou moins qu’on ne pensait. Et cet endroit inconnu à l’homme dans ses propres actions et dans ses propres démarches, c’est l’endroit secret par où Dieu agit, et le ressort secret qu’il remue.”
Pierre-Marie Quitard,” Dictionnaire étymologique, historique et anecdotique des proverbes et des locutions proverbiales des autres langues”, 1842
Ce proverbe se retrouve souvent dans la littérature française comme le montre les quelques exemples suivants:
- “l’homme propose et Dieu dispose, et la voie de l’homme n’est pas dans le pouvoir de l’homme.”
Corneille, in “L’imitation de Jésus-Christ, I, XIX, in Guerlac”
- “Je tâcherai de faire de mon mieux que le théâtre soit soigné. Un des fils de Monsieur Viard m’a donné une fort bonne idée pour les portes de côté, c’est d’y mettre des baguettes et la manière dont elles doivent être mises aura un résultat excellent. Tâche, cher Ernest, de venir me voir. Quant à moi le sort en est jeté, je ne puis venir t’embrasser. L’homme propose et Dieu dispose (comme dit M. Delamier à la fin de la dernière scène de la pièce intitulée “le Romantisme empêche tout”).”
Flaubert, “Correspondance”, “à Ernest Chevalier, Rouen, ce 11 septembre 1833″
- “N’est pas marchand qui toujours gagne; quand on a peur du loup, il ne faut pas aller au bois; mais contre mauvaise fortune il faut faire bon cœur, battre le fer tandis qu’il est chaud. Un homme sur la terre est toujours sur le qui-vive. On ne sait ni qui vit ni qui meurt, l’homme propose et Dieu dispose; tel rit aujourd’hui qui dimanche pleurera; il n’est si bon cheval qui ne bronche, quand on parle du loup, on en voit la queue.”
Anonyme, “Le sermon en proverbes ou proverbes en guise de sermon”, XIXe siècle
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novembre 28th, 2008 à 13:10
Salut.. j ai trop aimé 7 locution…
en tous cas je trouve c site tres interessant ..personellement ça m as inculqueé pas mal de truc…..