Faire bonne chère
Bien manger, faire un bon repas.
Le mot chère (1080) est issu du bas latin cara (visage), lui-même emprunté au grec kara (tête). Ce mot, désuet de nos jours sauf dans la locution “faire bonne chère” (v. 1345), se retrouve d’abord dans des locutions du type “faire bonne (mauvaise) chère à quelqu’un” (vers 1200), soit “faire bonne (mauvaise) figure à quelqu’un” c’est-à-dire “faire bon (mauvais) accueil à quelqu’un”.
“Chère. s.f. Ce qu’on sert aux repas. - Nourriture. - Qualité, quantité, délicatesse des mets. - Accueil, réception. (Chère, du latin cara, visage, s’est pris d’abord dans le sens de l’étymologie, puis signifia accueil, réception, d’où l’on passa facilement à l’acception de table, nourriture).”
Louis Dochez, “Nouveau dictionnaire de la langue française”, 1860.
Ce n’est en effet que plus tard, par métonymie, que l’on passera de l’accueil à la table et à la nourriture du repas qui traduit l’accueil bon ou mauvais des convives. Par extension et sans doute influencé par son homonyme chair (viande), chère prit ultérieurement, le sens plus général de repas, comme dans l’expression “faire bonne chère” pour “faire un bon repas”.
“Chère. De cara, qui signifie visage […] . Les italiens en ont aussi fait cera, les espagnols cara. Et anciennement ce mot chére signifioit visage, comme le témoignent ces proverbes: Belle chére, et le cour arriere: Belle chére vaut bien un mets. Pathelin, dans la Farce qui porte son nom:
Et quand il viendra vous direz,
Ah parlez bas, et gémirez,
En faisant une chére fade.Et ensuite:
Que ressemblez-vous bien de chere,
Et du tout, à vostre feu pere.On dit encore présentement dans le Languedoc & dans La Guienne, care pour le visage; & acarer les témoins, pour dire confronter des témoins. Rabelais, 3.39 Recollemens, confrontations, acarations. Voyez ci-dessus acarer. De-là nous avons dis figurément, faire bonne et mauvaise chére, pour dire, être bien ou mal traité à table. […]“
Gilles Ménage, “Dictionnaire étymologique de la langue françoise”, 1750
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