Etre jusqu’au-boutiste
Personne qui va jusqu’au bout d’une entreprise en accordant aucun compromis.
Partisan des solutions extrêmes.
L’expression “être jusqu’au-boutiste” est récente puisqu’elle date du XXe siècle et plus exactement de la fin de la première guerre mondiale.
La guerre 14-18 fut particulièrement terrible et la question cruciale de l’arrêt ou de la continuation des combats était récurrente. Fallait-il continuer au risques de perdre encore des milliers de soldats sous le feu de l’ennemi? Fallait-il se déclarer vaincu et laisser l’ennemi envahir le pays afin que cesse le massacre des militaires? Fallait-il négocier la paix? Ou fallait-il suivre ces dirigeants si déterminés et acharnés, ces irréductibles, prêts à donner la vie des enfants de la patrie pour la France et la victoire? Oui, fallait-il être un défaitiste, un pacifiste ou un “jusqu’au-boutiste”?
Face à cette réflexion sur la poursuite ou non des combats, ces hommes patriotes à outrance, partisans de la victoire à tout prix ont, par leur attitude, marqués les mémoires. Le terme “jusqu’au-boutiste”, qui les désignait, s’emploie encore aujourd’hui pour parler d’une personne qui ne baisse pas pavillon et qui va jusqu’au bout de la solution choisie qu’elle qu’en soit les conséquences.
Louis Barthas est un caporal au 280 ème régiment d’infanterie de Narbonne, militant pacifiste avant la guerre mais surtout humaniste convaincu, il écrira un journal intime durant toute sa mobilisation. Ses textes restent un témoignage marquant des conditions de vie des soldats lors de la “Grande guerre”, en voici un extrait ou il évoque les “jusqu’au-boutistes”:
“Dans cette période, la situation des troupes en ligne était lamentable. En certains endroits, boyaux et tranchées avaient complètement disparu sous l’eau, presque tous les abris s’effondrèrent et notre section fut privilégiée d’avoir un abri qui tint bon et où nos heures de travail finies nous pouvions nous réfugier et nous étendre bien entendu sur la terre humide.”
[…]
“Le lendemain 10 décembre en maints endroits de la première ligne les soldats durent sortir des tranchées pour ne pas s’y noyer; les Allemands furent contraints d’en faire de même et l’on eut alors ce singulier spectacle: deux armées ennemies face à face sans se tirer un coup de fusil.”
“La même communauté de souffrances rapproche les coeurs, fait fondre les haines, naître la sympathie entre gens indifférents et même adversaires.”
[…]
“Français et Allemands se regardèrent, virent qu’ils étaient des hommes tous pareils. Ils se sourirent, des propos s’échangèrent, des mains se tendirent et s’étreignirent, on se partagea le tabac, un quart de jus ou de pinard. Ah! si l’on avait parlé la même langue.”
“Un jour, un grand diable d’Allemand monta sur un monticule et fit un discours dont les Allemands seuls saisirent les paroles mais dont tout le monde comprit le sens, car il brisa sur un tronc d’arbre son fusil en deux tronçons dans un geste de colère. Des applaudissements éclatèrent de part et d’autre et l’Internationale retentit.”
“Ah que n’étiez-vous là, rois déments, généraux sanguinaires, ministres jusqu’au-boutistes, journalistes hurleurs de mort, patriotards de l’arrière, pour contempler ce sublime spectacle.”
[…]
“Cependant nos grands chefs étaient en fureur. […] Et nos artilleurs reçurent l’ordre de tirer sur tous les rassemblements qui leur seraient signalés, et de faucher indifféremment Allemands et Français […]. De plus, dès qu’on put établir tant bien que mal la tranchée de première ligne on interdit sous peine d’exécution immédiate de quitter la tranchée et on ordonna de cesser toute familiarité avec les Allemands.”
“C’était fini, il aurait fallu un second déluge universel pour arrêter la guerre, apaiser la rage et la folie sanguinaire des gouvernants.”
“Qui sait! Peut-être un jour sur ce coin de l’Artois, on élèvera un monument pour commémorer cet élan de fraternité entre des hommes qui avaient l’horreur de la guerre et qu’on obligeait à s’entre-tuer malgré leur volonté.”
“Les carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, 1914-1918 “
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