En avoir marre/ Marre!
En avoir assez, s’ennuyer / Ça suffit!
Être excédé / Ça suffit!
D’après le”Dictionnaire Historique de la Langue Française ” d’Alain Rey, l’adverbe marre, d’abord connu sous la forme maré (1881), puis marre (1896), est d’origine incertaine. Il existe deux origines controversées:
- La première, que défend Alain Rey, suppose qu’il serait tiré du verbe, aujourd’hui sorti d’usage, marer, se marer, puis se marrer, qui signifiait “s’ennuyer”.
- La deuxième suppose qu’il serait un dérivé de se marrir, verbe de l’ancien français tombé en désuétude (sauf sous la forme être marri), signifiant successivement “perdre” (XIIe siècle), “se fâcher” (1160), puis “s’affliger” (1165).
D’aucuns rattachent marre à la famille de marelle et plus particulièrement aux formes qui désignent des jetons de toute sorte comme meriau (jeton servant de monnaie de convention de 1245 à 1400), méreau (jeton de présence durant le XVIe et le XVIIe siècles) ou mérelle (jeton désignant le gage, le gain, la part due durant le XVe et le XVIe siècles). Ainsi, marre dériverait du mérelle; d’où les expressions, oubliées de nos jours, avoir son maré, avoir son mar (”avoir sa part”) pour exprimer l’idée de saturation et de dégoût.
Alain Rey, quant à lui, précise que se marrer serait emprunté à l’espagnol mareo (”mal de mer” et “ennui” au XVIIIe siècle), marear (”s’ennuyer”) et marearse (”avoir le mal de mer”). Cette thèse s’appuie sur des mots d’ancien français dérivés de marer, qui expriment aussi l’ idée de chagrin, tels que marrement en 1050 (”chagrin”, “déplaisir”), marrissement (”déplaisir”) au XIIIe siècle ou encore marance de 1200 à 1400 (”affliction, faute légère”).
L’expression “en avoir marre” fut d’abord connue sous la forme “j’en ai maré”, en 1883, qui exprimait une idée de dégoût, puis devint “j’en ai mar”, en 1895, dans le sens d’être excédé, “avoir sa part”, avant de prendre sa forme actuelle tout en gardant son sens de “en avoir assez”, “en avoir sa claque“.
Nota: l’utilisation actuelle du verbe se marrer, dans le sens de rire beaucoup et sans retenue, serait assez récente; elle serait une évolution de sa signification d’origine: rire de quelque chose qui ne prêterait pas normalement à rire (1916).